Michel
De la Forest
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Madagascar
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En mission pour 3 mois
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enseignement
POURQUOI je suis PARTIe ?
Vous ne connaissez pas encore l’hospitalité malgache ?
Pourquoi partir si loin, alors qu’il y a tant à faire autour de soi ? Il ne faut pas chercher de réponse à cette question, mais écouter son être profond, tout simplement. C’est ainsi qu’un soir, interpelé par ma fille Blandine qui est une ancienne volontaire du Vides, j’ai réalisé que j’avais enfoui au fond de moi une aspiration de découvertes, de rencontres et de services auprès d’une population en situation de précarité. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé début novembre2019 à Ambohidratrimo (banlieue de Tananarive), pour trois mois, accueilli dans une communauté salésienne. Christine, ma femme, est restée en France.
« Vous donnerez des cours de français aux novices et pré novices, et aussi des cours de menuiserie dans notre centre de formation. Et ne vous inquiétez pas, avec de la bonne volonté tout se passera bien « .
Et c’est vrai que tout se passe bien, mais pas exactement comme prévu : J’ai réalisé au bout d’un mois qu’il était compliqué voire impossible d’enseigner la menuiserie à des jeunes qui ne parlent pas le français. Et essayer de s’intégrer dans un cursus de formation de 3 ans (CAP) alors que l’on ne reste que 3 mois n’a pas vraiment de sens. Je m’investis donc davantage que prévu dans les cours de français auprès des jeunes salésiens, et cette cohabitation est une grande joie. J’ai pratiquement l’âge de leurs grands-pères, et c’est peut-être pour cela qu’il y a beaucoup d’attentions de leur part et de complicités aussi.
Et puis je découvre peu à peu la réalité malgache. La pauvreté bien sûr, mais aussi la qualité de l’accueil, les sourires, la beauté des personnes et des paysages. Pendant mes temps libres, mes promenades me font rencontrer toutes sortes de personnes : parfois juste un sourire : « Salama ! », parfois une invitation à passer le seuil de la maison…
J’ai pu rencontrer à plusieurs reprises une centaine de jeunes de 8 à 18ans enfermés dans un « centre de rééducation pour mineurs ». Triste réalité, tristes perspectives pour des jeunes qui auraient davantage besoin d’accompagnements, et de soutiens psychologiques et affectifs : dans quel état sortent-ils ?
Mais j’ai vu aussi de belles réalisations : Un ami franciscain a créé une association (ASA) de réinsertion de familles Sans-Abri de Tananarive : après 3 ans de resocialisation/formations, ces familles se voient offrir une terre ( avec outil de travail) et une petite maison dans des « villages de migration » situés en plein cœur du pays. Il y a aujourd’hui une trentaine de ces villages. J’ai pu passer Noël avec ces familles, quelle joie de rencontrer ces belles personnes fières de me montrer leur maison et leurs cultures, et ces enfants pétillants de vie !
Vous ne connaissez pas encore l’hospitalité malgache ? Il y avait plus de 1000 personnes à la messe de Noël + un français, moi : Eh bien, l’homélie a d’abord été prononcée en français, puis en malgache.
– « Pourquoi en français alors que ces personnes, pour la plupart, ne comprennent pas le français ? »
-« Mais c’était pour vous ! »
Une homélie pour moi tout seul…
Je vis aussi ces trois mois comme un temps de belle solitude et de ressourcement spirituel : je suis partout repéré comme Vazaha, c’est-à-dire étranger ; et français de surcroit, donc forcément riche. Il me faut l’accepter, je ne suis et ne serai jamais l’un des leurs. Je suis chez eux, donc leur hôte, je ne dois pas l’oublier.
Mais un étranger accueilli avec autant de gentillesse, faisons-nous aussi bien en France ?